Tarot, le divinatoire poétique
Tarot divinatoire de Jean Didier
Au cours de mes recherches, je me suis beaucoup intéressée aux archétypes. Ce concept, développé par Jung n'a pas toujours fait consensus, pourtant il me semble qu'il est l'une des grandes découvertes de la psychanalyse, la porte enfin ouverte sur ce qui fait lien entre les hommes au-delà du conscient, sur ce qui berce l'humanité toute entière dans son berceau premier: la nuit.
Le lien entre ce que C.G. Jung nomme les archétypes et les figures majeures des lames du tarot m'est apparu évident un soir où l'une de mes amies a sorti un jeu de tarot de Marseille d'un petit sac de velours et s'est mise en tête de me tirer les cartes. Un souvenir flou de l'enfance m'est remonté, de ces souvenirs lointains et plaisants, sorte de loukoum de la mémoire, moelleux et couvert de poussière sucre glace. Je me revois petite fille, face à ma grand-mère Lise et à son amie Barbara, installées autour de la table en merisier du salon, des cartes mystérieuses et prometteuses posées devant nous comme des fenêtres sur l'avenir. Ca sent la fin d'après-midi d'un dimanche pluvieux.
En redécouvrant les figures dessinées dans les mains de Gloria, j'ai souri. Bien qu'un archétype puisse prendre plusieurs formes en fonction des personnalités, ces lames sont un bestiaire imagé de plusieurs figures archétypales.
« On croit souvent que le terme "archétype" désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage.
L'archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental. »
C.G. Jung " L'homme et ses symboles ", Robert Laffont, 1964 p 67.
Il ne m'en fallait pas plus pour plonger avec curiosité et délice dans cette pratique mystique.
Pratique mystique?
Alexandro Jodorowsky, Le théâtre de la guérison.
Jodorowsky a vite compris que la dimension seule de la lecture interprétative des lames ne se suffisait pas. C'est une forme d'analyse, certes, mais Jodo va plus loin et place la notion d'acte, de besoin d'acte. Cette notion de "passage à l'acte" (et je ne parle ici ni du sens Lacanien de l'expression, ni ne reviens sur l'ambiguïté du "Agieren" freudien) est un acte conscient, et réfléchi. un acte symbolique.
Acte symbolique.
C'est le consultant, qui choisit son acte poétique, sa bravade tendre, son pieds de nez aux carcans acerbes de notre société. Il n'est point question pour Jodo de laisser ou d'encourager les êtres dans des passages à l'acte gratuit de violence ou dégradants pour eux ou pour les autres, mais plutôt de les encourager, avec bienveillance au "pas de côté", à la fantaisie, à la curiosité, à l'essence poétique de l'homme et de toute chose. Ces actes posés sont parfois choquants, extrêmes, mais se sont des exutoires qui libèrent l'inconscient, comme lors des bacchanales. Ce sont des actes simples ou profonds qui crient le vivant et la liberté. La dimension artistique de l'acte poétique, théâtral, onirique est évidemment le cœur du processus. Pour Jodo, et je suis la même ligne de pensée, l'art est une thérapie.
[1] Psychomagie, un art pour guérir.
https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19585111&cfilm=263800.html



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