Inspirations féminines et Ann' archiques

 

Parce que les femmes qui rêvent, pensent, aiment, vivent, vibrent, écrivent sont toutes des ouragans d'inspirations et de libertés, morceaux choisis de certaines Anne, mes sœurs Anne, parce que oui, nous le voyons venir ce nouveau monde où nous serons enfin égales... 



« Je pense qu'il n'y a pas de "petits risques", que souvent une révolution intime vient d'infimes changements, et quels que soient les domaines dans lesquels s'inscrivent ces changements, couple, famille, travail, ils sont la première brèche d'un beaucoup plus grand bouleversement. C'est la liberté qu'il nous est douloureux de choisir, car elle implique un chemin de vérité (et jusqu'à quel point supporte-ton la vérité ?) et la perte de repères assurés, elle nous demande de commencer par faire le vide, parfois, pour retrouver ce qui anime notre désir au plus profond. Tel est le risque, peut-être en son essence, être intensément vivant, c'est-à-dire s'exposer à des vraies émotions, des vraies pensées, un vrai amour, et cela ne se fait pas sans traverser fragilités et épreuve d'une certaine solitude, mais pour une amplitude plus grande, plus vive, dans son rapport à la vie et à l’amour. »  

Anne Dufourmantelle.


Anne Archet



J’ai quitté celle que je fus... 

J’ai quitté celle que je fus, pour entrer dans ta maison. Alors, je voyageais la nuit, avec les noctuelles. J’entrais dans des villes étrangères. Il y avait un mail sous les platanes, des fontaines qui ruisselaient, des bassins pleins de mousse. Je m’asseyais sur les degrés avec le pain du boulanger. Un mort passait avec un cortège, et s’en allait à l’église. Un paysan conduisait les veaux à l’abattoir, et je pleurais. Un enfant revenait de l’école et poussait une pierre du pied. Des cloches sonnaient. Était-ce le matin ? Était-ce le soir ? Un chat dormait sur une fenêtre. Un rideau s’agitait. Les pétunias assoiffés se mouraient. Passait le marchand de jarres, ses récipients entassés sur une charrette. Des grelots tintaient au collier de sa mule. Passait le marchand de légumes. Près des poivrons, l’aubergine violette, sacerdotale. Je pensais à Cézanne, son atelier sous les pins. Je pensais à Van Gogh, aux Tournesols irradiant ; tant, que c’est le ciel qui cède à leur violence. Des nuages rentraient à la maison avec le vent du soir. Rentraient comme des brebis blanches dans les étables fraîches. J’allais par les rues, l’une menant à l’autre. Des lumières apparaissaient aux fenêtres. Des portes se fermaient. Plus personne. Toute la ville m’appartenait. J’inventoriais les bustes au fronton des palais, les messieurs en redingote sur les socles, un cavalier de pierre sur la pile d’un pont ; grinçante, une enseigne de chapelier. L’auréole d’un saint luisait dans un vitrail. Des draps pendaient à un balcon. Un chien fouillait une poubelle. Le Palais de Justice avait fermé ses lourdes portes. Devant le musée, le gardien prenait le frais, la chemise ouverte, son ventre rose et rond visité par une mouche. Les allées se mêlaient, s’entrecroisaient. Sans buis taillés, sans chemins sablés, les portes verrouillées, l’ombre effaçant l’heure au cadran solaire, les points cardinaux irrepérables aux carrefours.

D’allée en allée, de platane en platane, en orme, en marronnier, je m’éloignais. Tout à coup, c’était la campagne. Cela sentait la paille fraîche, le blé coupé, l’herbe, le sous-bois, le champignon. J’oubliais celle que je ne serai plus. J’étais immense et seule dans la nuit, et je t’avais perdu.

Anne Fontaine, Ophélie ou les intermittences du cœur


In Celebration of My Uterus


Everyone in me is a bird.
I am beating all my wings.   
They wanted to cut you out   
but they will not.
They said you were immeasurably empty   
but you are not.
They said you were sick unto dying   
but they were wrong.
You are singing like a school girl.   
You are not torn.

Sweet weight,
in celebration of the woman I am
and of the soul of the woman I am
and of the central creature and its delight   
I sing for you. I dare to live.
Hello, spirit. Hello, cup.
Fasten, cover. Cover that does contain.   
Hello to the soil of the fields.
Welcome, roots.

Each cell has a life.
There is enough here to please a nation.
It is enough that the populace own these goods.   
Any person, any commonwealth would say of it,   
“It is good this year that we may plant again   
and think forward to a harvest.
A blight had been forecast and has been cast out.”
Many women are singing together of this:   
one is in a shoe factory cursing the machine,   
one is at the aquarium tending a seal,   
one is dull at the wheel of her Ford,   
one is at the toll gate collecting,
one is tying the cord of a calf in Arizona,   
one is straddling a cello in Russia,
one is shifting pots on the stove in Egypt,
one is painting her bedroom walls moon color,   
one is dying but remembering a breakfast,   
one is stretching on her mat in Thailand,   
one is wiping the ass of her child,
one is staring out the window of a train   
in the middle of Wyoming and one is   
anywhere and some are everywhere and all   
seem to be singing, although some can not   
sing a note.

Sweet weight,
in celebration of the woman I am
let me carry a ten-foot scarf,
let me drum for the nineteen-year-olds,
let me carry bowls for the offering
(if that is my part).
Let me study the cardiovascular tissue,
let me examine the angular distance of meteors,   
let me suck on the stems of flowers
(if that is my part).
Let me make certain tribal figures
(if that is my part).
For this thing the body needs
let me sing
for the supper,   
for the kissing,   
for the correct   
yes.

Anne Sexton

Extraits de "FAST SPEAKING WOMAN"

 (Femme qui parle vite)

parce que je suis sans bave

parce que je suis sans scories

parce que je suis sans poussière

parce que je suis sans l’air du temps

parce que je suis l’air

laissez-moi vous défier de mes pouvoirs magiques

 

je suis une femme qui crie

je suis une femme de parole

je suis une femme de chair

je suis une femme flexible

je suis une femme à talons hauts

je suis une femme de la haute

je suis une femme automobile

je suis une femme mobile

je suis une femme élastique

je suis une femme collier

je suis une femme foulard de soie

je suis une femme qui ne sait rien

je suis une femme je-sais-tout

je suis une femme du jour

je suis une femme soleil

je suis une femme du vent

 

je suis la femme abandonnée

la femme transparente

la femme absorbée la femme tyrannisée

la femme contemporaine

la femme qui rêve dans sa maison

je suis la femme gadget

je suis la femme étripée

je suis la femme aux blessures

je suis la femme érodée

je suis la femme attirante

je suis la femme truite

je suis une femme qui parle vite

 

eau qui lave

fleurs qui lavent

eau sur mes pas lave avec moi

 

je suis une femme forte

je suis une femme créateur

je suis une femme en attente

je suis une femme prête

je suis la femme paradis

 

c’est comme ça quand on entre au paradis

c’est dit-on comme la douceur

c’est dit-on comme le jour

c’est dit-on comme la rosée

 

je suis une femme voluptueuse

je suis une femme solo

je suis une femme au foyer

je suis une femme papillon

je suis une femme voyageuse

je suis une femme autostop

je suis la femme coyote

je ne reviendrai pas je reviens

 

je suis une femme aire-de-repos

je suis une femme de la ville

j’ai envie de campagne

je monte dans des avions et je m’envole

je sais faire marcher les machines !

 

je suis une femme qui soupire

je suis une femme qui chante

je suis une femme qui dort

je suis une madame muscle

je suis une femme mystique

je suis une femme cactus

ce n’est pas étrange

non, ce n’est pas un mensonge

 

je suis la femme tautologique

je suis la femme technologique

je suis la femme aux volts

JE SUIS LA POÈTE QUI RÊVE DANS SA MAISON

je suis la femme feuille de comptes

je suis la femme folâtre

je suis la femme circulaire la femme

qui revient

je suis la femme élevée au jazz

je suis la femme syncopée

je suis la femme au clavier

je suis la femme cachottière

je suis la femme banqueroute

je suis la femme enflammée prête à brûler

je suis la femme au RMI

je suis la femme qui régénère

je suis la femme plutonium je vous irradierai deux cent cinquante mille ans !

je suis la femme grotte cachée

je suis la femme cracheuse-de-feu

je suis une femme qui parle vite

 

je suis la femme qui a aimé la femme qui a perdu

je défriche je déboise mon propre mental

tous les mots vont bien dans ma bouche

je suis la femme-aux-univers-multiples

je suis la femme qui écrit ce texte

bien après que les animaux soient couchés

qui coupe du bois devant la hutte d’ermitage

qui attise le feu avec mon petit bâton

j’apprends dans les livres

j’apprends en chantant

j’écris mes messages au monde

le vent les porte invisible

impulsions staccato vers le monde

pas chienne de la vie

je suis la femme qui rêve

JE SUIS L’ARTISTE DANS SA MAISON MAGIQUE


 - Anne Waldman



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Quand les fleurs s'ouvrent..

Danse avec les loups...

Synchronicité..