Inconscient collectif


Dans le cadre de mes études et de mon travail, (je suis chargée de cours à l'université, le cours a pour sujet: l'introduction à la psychanalyse, vaste mission!), je me suis beaucoup interrogée, et j'ai souvent constaté l'intérêt grandissant dans le regard de mes étudiants lorsqu'on s'intéresse à l'inconscient collectif, notion très , si ce n'est la plus , connue de C.G. JUNG.

L'inconscient collectif

L’inconscient collectif est né de la critique de l’inconscient individuel. En ne divisant la psyché qu’en deux niveaux, la conscience et l’inconscient, Freud aurait omis la plus large partie de l’inconscient en le réduisant à sa dimension individuelle. Jung voit lui dans Aïon, études sur la phénoménologie du soi trois strates dans l’âme humaine : tout d’abord, la conscience ; ensuite, l’inconscient individuel, constitué du contenu oublié ou refoulé ; enfin, une couche plus profonde et innée, l’inconscient collectif, un fondement psychique universel et pourtant singulier, présent en chaque être humain.

L’inconscient collectif s’appuie sur un immense héritage des représentations antérieures de l’humanité. Il est donc fondamentalement de nature symbolique : il fonctionne grâce à ce que Jung nomme des « archétypes ».  Les archétypes sont des contenus que partagent tous les individus sans exception, des images archaïques et universelles. Ces archétypes se rencontrent dans les rêves, les croyances religieuses, les mythes, les légendes et les contes. Les hommes ont tendance à utiliser, à toutes les époques de l’Histoire et en tout lieu, ces mêmes modèles élémentaires de comportement et de représentation, inscrits dans la structure même du cerveau. Cette psyché collective est logée dans les parties profondément enracinées du psychisme qui, en cela, s’exercent en quelque sorte par automatisme.  Elle est "innée"  alors que le conscient et l’inconscient personnels appartiennent à la part du psychisme développée au cours de la vie individuelle.


Le contenu de l’inconscient collectif peut pénétrer la conscience parce qu’il n’entre pas en conflit direct avec elle. Pour Jung, ce phénomène est rendu possible par la diversité des archétypes.

 « On croit souvent que le terme “archétype” désigne des images ou des motifs mythologiques définis. Mais ceux-ci ne sont rien autre que des représentations conscientes : il serait absurde de supposer que des représentations aussi variables puissent être transmises en héritage. L’archétype réside dans la tendance à nous représenter de tels motifs, représentation qui peut varier considérablement dans les détails, sans perdre son schème fondamental » (L’homme et ses symboles). 

Les rêves constituent la forme la plus primitive d’images archaïques dans la mesure où ils proviennent directement de l’inconscient. En revanche, les mythes sont des archétypes plus complexes, car ils résultent d’une élaboration consciente et souvent collective. Les croyances religieuses, quant à elles, diffusent une foule d’archétypes qui expriment de manière détournée l’inconscient et réussissent par-là à contourner la censure de la conscience. Les archétypes sont en effet les noyaux fondamentaux de l’imagination humaine, autour desquels se forment les mythes et les religions. 

 Jung affirme ainsi que « l’archétype s’inscrit dans une trame de représentations apparentées entre elles, conduisant toujours à d’autres images archétypiques et se chevauchant constamment les unes les autres, et dont l’ensemble forme le singulier tapis de la vie » (Sur l’Interprétation des rêves). 

« Les archétypes sont donc doués d'une initiative propre et d'une énergie spécifique. Ils peuvent aussi, à la fois, fournir dans la forme symbolique qui leur est propre, une interprétation chargée de sens, et intervenir dans une situation donnée avec leurs propres impulsions et leurs propres pensées. A cet égard, ils fonctionnent comme des complexes. Ils vont et viennent à leur guise, et souvent, ils s'opposent à nos intentions conscientes ou les modifient de la façon la plus embarrassante. On peut percevoir l'énergie spécifique des archétypes lorsque l'on a l'occasion d'apprécier la fascination qu'ils exercent. Ils semblent jeter un sort. »(L'homme et ses symboles)

Les oppositions naissance/mort, féminin/masculin, ou bien/mal sont par exemple des archétypes responsables de l’équilibre de la structure psychique individuelle. Celle-ci repose cependant sur le plus important des archétypes : le Soi, qui est l’être originel retrouvé, souvent symbolisé par une autre image archétypale, celle de Dieu.

 Pour comprendre les symboles qui l’habitent afin de se connaître lui-même, l’individu doit aller à la rencontre de ses propres archétypes, dont notamment son ombre (sa dimension animale), son anima/us (la part du sexe opposé présente en lui), et surtout le Soi, l’archétype lié au sens de la vie. « Ceux qui ne se rendent pas compte de la tonalité affective particulière de l'archétype ne se retrouveront qu'avec un amas de concepts mythologiques, que l'on peut sans doute assembler de façon à montrer que tout a un sens, mais aussi que rien n'en a. Les cadavres sont tous chimiquement identiques, mais les individus vivants ne le sont pas. Les archétypes ne se mettent à vivre que lorsqu'on s'efforce patiemment de découvrir pourquoi et comment ils ont un sens pour tel individu vivant. »L'homme et ses symboles "


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